Onesta dans le texte

Au début, vous auriez dû lire un portrait sur Claude Onesta, le sélectionneur de l'équipe de France A et A'. Finalement, c'est un interview qui vous est proposé. Pourquoi ? Parce que l'homme, à l'accent du sud et à la voix caverneuse, a un débit aussi intense que passionnant. A déguster sans modération.

Claude Onesta, vous avez accédé à la notoriété en devenant le successeur de Daniel Costantini à la tête de l'équipe de France. Mais il y avait un Claude Onesta avant: quel était son parcours ? De 11 à 30 ans, j'étais joueur à Toulouse, mon club de toujours. J'ai évolué en Division 1 et 2. J'ai été international B, l'équivalent de l'équipe de France A' actuelle. Puis à 30 ans, tout de suite après ma carrière de joueur, je suis devenu entraîneur. Avec Toulouse, un club qui, par ses petits moyens, est surtout un club de formation, centré sur les jeunes joueurs, on a eu quelques beaux résultats: vainqueurs de la Coupe de France en 1998, finaliste en 1999, quart de finaliste de la Coupe d'Europe la même année. C'était la génération des Fernandez, Kempe, Plantin... Puis, début 2001, Daniel Costantini a quitté l'équipe de France, sur un titre de Champions du monde. On m'a confié sa relève et depuis l'aventure continue

(NDLR: avec Claude Onesta, les bleus ont terminé sixième des championnats d'Europe, ont gagné la World Cup en 2003 et terminé troisième des derniers mondiaux).

On remet souvent en cause la légitimité d'un entraîneur lorsqu'il n'a pas été un joueur de haut niveau. Quel est votre sentiment ? Si cette théorie peut être vrai lorsqu'il s'agit d'entraîner un club, elle est fausse pour ce qui concerne le métier de sélectionneur. Ces deux postes n'ont rien à voir. En club, on a la maîtrise sur la formation et l'évolution des joueurs. On suit leur transformation. Etre sélectionneur est autre chose, j'ai d'ailleurs eu du mal à percevoir la différence. Le travail de sélectionneur consiste plus à veiller à la cohésion de l'équipe, à choisir des hommes dont l'assemblage fera une équipe forte. Moi, je pense que j'ai acquis ma crédibilité en obtenant de bons résultats avec un petit club. Puis les jours suivent dès lors qu'ils ont confiance ? Plus on va vers le professionnalisme et plus les joueurs se concentrent uniquement sur leur rôle.

Justement, vis-à-vis de l'aspect psychologique, l'équipe de France va bientôt prendre un virage. Des joueurs tels que Grégory Anquetil, Joël Abati, Guéric Kervadec, Patrick Cazal et Jackson Richardson pourraient prendre leur retraite après les prochains prochains Jeux Olympiques d'Athènes. Comment appréhendez-vous ce tournant ? Ils ne sont pas sûrs d'arrêter! Peut-être qu'ils poursuivront l'aventure même si (Grégory Anquetil passe devant lui) on aimerait bien que Greg s'arrête enfin!... Plus sérieusement, on ne se fera pas surprendre. Depuis deux ans, plusieurs jeunes ont intégré le groupe. La seule façon de voir si des jeunes frappent à la porte est de la leur ouvrir. Il n'y a pas longtemps, Nikola Karabatic et Mickael Guigou étaient inconnus du grand public. Et maintenant, ils sont presque incontournables. A plusieurs postes, on a des jeunes prêts à prendre la relève. Prenons le poste d'arrière gauche comme exemple: il y a Fernandez (26 ans), Narcisse (25 ans) et Karabatic (20 ans)... Pour ce qui est du départ de Richardson c'est plus une angoisse de journaliste que d'entraîneur.

On a pu voir, avec l'équipe de France de football, que le départ de joueurs cadres avait d'autres conséquences que sportives... Oui mais on est capable de s'adapter. C'est d'ailleurs une part du métier de

sélectionneur: s'adapter et trouver des solutions. Puis on devient assez vite fataliste dans ces moments. On s'habitue à rebondir.

Ces dernières années, le handball a obtenu de grands résultats. Pourtant, sa popularité n'a pas décollé. Avez-vous un projet pour médiatiser et populariser ce sport ? Ah! Je suis intarissable sur ce sujet. Ce n'est pas à moi mais aux médias d'avoir un projet. Le handballeur est là pour faire du hand. Comme le métier de journaliste est de vendre de l'info et pas d'en faire, ça pose problème. Est-ce qu'il faut qu'on mette un tutu pour être vendeurs ? A priori, en hand, gagner des titres et des médailles ne suffit pas pour intéresser les journaux. On fait notre boulot, c'est aux patrons de presse de faire le leur. Quand je vois par exemple que les télés passent en continu les mondiaux d'athlétisme, du genre que c'est fondamental et que le reste du temps, on n'en entend plus parler! Les médias se prostituent pour faire parler n'importe quel athlète, qui n'a d'ailleurs pas toujours quelque chose à dire et je me dis que ce n'est qu'une affaire commerciale. Faut vendre. C'est la seule règle. J'estime qu'on fait notre métier en gagnant des matches et que c'est aux patrons de presse et aux journalistes de prendre leurs responsabilités.

Le handball vous a accompagné toute votre vie. Que vous a-t-il apporté ? J'ai fais du hand car c'est ce que je faisais le mieux, mais c'est un alibi! Un alibi pour vivre de belles rencontres et partager des émotions. Ca aurait pu être dans d'autres sports. Par exemple, le rugby aurait été plus naturel pour moi mais des rencontres m'ont mis sur la route du hand. D'autres routes se présenteront à l'avenir... Je suis à fond dans ce que je fais, je ne préfère pas trop prévoir.

Propos recueillis par Romain Sublon