Inc(l)assable Magnus Wislander
© Dernières Nouvelles d'Alsace, Samedi 30 Août 2003.


 


 


En dépit du poids des ans, Magnus Wislander est toujours au sommet de son art. (Photo DNA - Michel Frison)

 

Les années passent, les vedettes trépassent et Magnus Wislander est toujours dans la place. Bon pied, bon oeil, la star mondiale brille toujours au firmament. A presque 40 ans, le Suédois ne cesse d'étonner. Portrait.

 C'est un roc, c'est un pic, c'est un cap ! Cyrano de Bergerac n'est plus seul. Dans le petit monde du handball, le héros d'Edmond Rostand a fait des émules. Magnus Wislander en est peut-être l'incarnation contemporaine. Et pas seulement à cause de la proéminence de son appendice nasal.  Un roc, un pic, un cap, Wislander est tout ça à la fois. Géant au pays des trolls, le Suédois traîne sa carcasse dégingandée - pas loin du double mètre et du quintal - sur tous les terrains du monde depuis près de deux décennies. « J'ai eu de la chance, raconte dans un allemand parfait le joueur emblématique du THW Kiel, rentré depuis deux saisons à Goeteborg. J'ai toujours été épargné par les blessures. Les genoux, les articulations, tout ça n'a jamais souffert. »

« Pas de problèmes avec les Français... »

 Celui que ses compatriotes surnomment le « tuyau » continue à peser sur toutes les défenses et use toujours les patiences. Celles des Français, notamment, qui ont eu affaire au gaillard à maintes reprises dans des joutes internationales à couteaux tirés.  « Mes relations avec les Français ? Je n'ai pas de problème, insiste Magnus. Ils pratiquent un handball plus dur que le nôtre. Lors de notre défaite en finale au Mondial 2001, les arbitres sont rentrés dans leur jeu. Et puis l'un ou l'autre joueur, encore un peu jeune, est venu nous provoquer à la fin du match. Quand on gagne, on savoure sa victoire sans avoir besoin de chauffer le perdant. »  Situées aux antipodes du style latin incarné par les Stoecklin et Volle de l'ère Barjots puis la génération Fernandez et Narcisse des Costauds, les manières du Scandinave sont certes rugueuses, mais diablement efficaces. Dans son lexique handballistique, les mots exubérances et fioritures sont à proscrire. Seule reste la rigueur. Et la rigueur, ça paye.

« Art de vivre »

 Que ce soit en club ou en sélection, Wislander a tout gagné. Ou presque. Symboliquement élu joueur du siècle (passé) pour l'ensemble de son oeuvre, le double champion du monde parait increvable. Parfois méprisé, souvent jalousé, l'homme à la tête de chou n'est pourtant pas si hautain qu'il veut bien le faire croire. Derrière l'épaisse carapace se cache un homme tout simple. Voire attachant.  « Le hand, pour moi, c'est un art de vivre, dit Wislander. A mon âge avancé, j'éprouve toujours le même plaisir. J'estime avoir de la chance. Je m'entraîne deux fois par jour. Tout le reste, c'est du temps libre. Je n'ai pas le droit de me plaindre quand d'autres vont trimer du matin au soir à l'usine. Alors, tant que je serai en forme, je continuerai de jouer. »

« Drôle de sentiment »

 Ceux qui espèrent le voir pousser la porte de sortie en sont pour leur frais. Pourtant, le chant du cygne semblait avoir sonné en début d'année, après la catastrophique 13e place du Mondial portugais.  « Avec tous les blessés, on n'aurait pas pu viser la gagne, dit Wislander. La surprise, ça a été de ne pas rentrer dans les huit premiers. Quand tu gagnes presque tout durant des années, c'est forcément un drôle de sentiment. Prenez l'équipe de France de foot. Elle a dû éprouver la même chose après le dernier Mondial ! »  Après des années de règne, la Suède entre donc dans une période moins fastueuse. Magnus Wislander, lui, n'est pas du genre à douter. « Si on a encore besoin de moi sur le terrain, je serais présent en attendant l'éclosion de la prometteuse relève, sourit le Viking. Même si je ne l'avais pas envisagé, je pourrais prendre en charge une sélection de jeunes, une fois ma carrière terminée. Le hand m'a tellement donné. A moi de lui rendre. »

Sébastien Keller