© Dernières Nouvelles d'Alsace  - Ven 23 juil. 2004

Gros plan
Sur les ailes de Greg Anquetil

Inoxydable Greg Anquetil, toujours aussi aérien sur son aile droite.

Meilleur buteur de l'équipe de France en première mi-temps (3 buts) hier face à l'Égypte, Greg Anquetil sera encore l'un des principaux atouts des Bleus à Sydney.

 C'était un dimanche et, forcément, il s'en souvient comme si c'était hier. Comme si hier avait toujours été un dimanche. Parce que ce soir de février 2001 là, aucun handballeur ne pourra oublier que cette action à la desperado à trois secondes de la fin face à des Suédois qui se voyaient déjà crânant sur la première marche du podium est du bois dont on fait des histoires qui se racontent aux enfants.
 Depuis, plus rien n'est évidemment comme avant. Ni pour le hand français ni surtout pour Greg Anquetil. Parce qu'il y eut ce coup de folie de Bercy donc, le 2e titre de champion du monde qui sans lui ne serait pas et fatalement cette autre dimension dans laquelle il est entré.

Dernier Graal

 Greg Anquetil, lui, fait comme si de rien n'était. Sa vie ne s'est pas arrêtée à ce titre. Depuis il en a d'ailleurs gagné quelques autres. En France. Et en Europe avec son club de toujours ou presque : Montpellier. Il ne lui en manque qu'un qui compte vraiment : le titre olympique. Comme un Graal pour l'instant intouchable.
 C'est pour le décrocher qu'il promène toujours sa grâce de cygne sur l'aile droite de l'équipe de France et y joue les funambules face à des mastos auxquels il rend parfois 20 cm. Parce que l'échec d'Atlanta est toujours là en lui, comme une plaie béante qu'il lui faut refermer avant d'en finir cette fois définitivement avec la saga des Bleus.

Hanche en caoutchouc

 Hier soir, c'est le héros de la finale de 2001 que les quelque 3000 spectateurs du Rhenus sont venus admirer. Ils n'ont pas été déçus. Alors que les Égyptiens jouent les gros bras et font la course en tête en début de rencontre, c'est lui qui maintient les siens à flot. L'air de ne pas y toucher.
 Deux buts sur ses premières tentatives. A sa manière le poignet en plastique et la hanche en caoutchouc. Lui toujours en l'air quand le gardien cire déjà le taraflex avec son bas de survêtement. Le ballon au fond évidemment.

Preste rebelle

 A bien y regarder, si cette finale de championnat du monde a changé quelque chose, ce n'est pas Anquetil lui-même. Il est le même qu'avant finalement. C'est le regard porté sur lui qui s'est éclairé. Ce qui change tout.
 Là où on le trouvait fragile, on le sait désormais génial. Là où on le pensait fou, on le découvre imprévisible. Là où on le présentait grande gueule et ingérable, on le voit maintenant preste rebelle contre la lourdeur de l'ordre établi. Salutaire donc.
 Hier il a une fois de plus été salutaire. Une mi-temps et des poussières à mordre la ligne et à se coltiner des gardes du corps qui ont tous vu et revu la finale des mondiaux 2001. Et qui ne lui laissent plus un centimètre.
 Lui s'en fout, il le gagne ce centimètre-là et ce faufile entre Mohamed Samir et Hussein Zaky comme il le fait depuis dix ans entre tous les défenseurs du monde. L'oeil camus pas chambreur. Encore allumé par cet or qui le fuit toujours. Peut-être plus pour très longtemps.

 

P.C.