© Dernières Nouvelles d'Alsace  - Sam 24 juil. 2004

Gros plan
Hongrois, sauce cubaine

Carlos Perez (à gauche) l'arme offensive cubaine de l'attaque hongroise et son compatriote Ivo Diaz. (Photo DNA - Alain Destouches)

Cubains naturalisés Hongrois depuis trois ans maintenant, Carlos Reinaldo Perez et Ivo Luis Diaz font aujourd'hui partie des piliers de la sélection magyare. De la salsa dans le goulasch.

« Hacia mucho frio ! », « il faisait très froid ». Pas besoin de chercher longtemps pour se souvenir de la première image à la sortie de l'avion. C'était il y a sept ans, mais Carlos Perez et Ivo Diaz sentent toujours la morsure de l'hiver sur leurs peaux et on ne jurerait pas qu'ils n'en ont pas encore les poils qui se dressent en en parlant.
 « Il faisait froid, vraiment froid ». Ils le disent en tout cas d'un même élan en se frottant les avant-bras et se marrent. Depuis, le froid, ils ne s'y sont jamais vraiment habitués, ils font avec, c'est tout. Pour eux, la neige et le ciel couleur ciment de l'hiver sont devenus des éléments du décor de leur nouvelle vie.

Meilleur buteur du
championnat du monde

 Car les deux Cubains de la sélection hongroise* ont radicalement changé de vie en traversant le monde. « En Hongrie, la vie n'a évidemment rien à voir avec celle qu'on menait à Cuba, explique Ivo Diaz, pivot initialement débarqué à Pécs, plus connu pour son équipe de basket féminine et sa nécropole paléochrétienne que pour ses handballeurs. C'est plus calme, il n'y a pas la famille et les copains. Il y a beaucoup de neige aussi. Mais il fallait partir. Pour progresser en hand et assurer notre avenir et celui de nos familles. Il y a beaucoup de misère chez nous ».
 A ses côtés, Carlos Perez acquiesce. Le meilleur buteur du dernier championnat du monde (64 buts) et nouvelle arme fatale hongroise avec son pendant Nagy, a été en quelque sorte le déclencheur de ce mouvement migratoire. Sept ans plus tard, aucun des deux ne le regrette.

« En Hongrie, je devais
progresser tactiquement »

 « Tout s'est passé aux championnats du monde 1997, raconte doucement l'ex-arrière gauche et demi-centre de la sélection cubaine. Les gens de Veszprem avaient envie que je vienne chez eux. Les dirigeants cubains m'ont expliqué que ce serait bien, qu'en Europe où le hand est plus tactique, je progresserais ». Exil autorisé, sans doute, en souvenir de ce que furent les relations entre ces deux anciens « pays frères ».
 Va donc pour la Hongrie et son hiver à vous filer l'onglée et le bourdon en compagnie d'Ivo qui finira lui aussi par rallier Veszprem, épouvantail annuel des compétitions européennes. Va aussi pour des séances tactiques inédites qui disciplineront leur jeu pour faire de Perez l'un des tout meilleurs, si ce n'est le meilleur, arrière gauche du monde.

Neuf buts contre les Français

 Naturalisés il y a trois ans, les deux « Cubanos » sont aujourd'hui Hongrois à part entière, parlent la langue du pays et vibrent quand le drapeau tricolore (rouge-blanc-vert) s'élève sur la hampe au moment des hymnes.
 Ils disent aussi « ici » quand ils parlent de là-bas, ce qui n'est jamais rien. Et voient bien la Hongrie accrocher la 5e ou 6e place aux Jeux, derrière des Français qu'ils trouvent « magnificos » et imaginent tout en haut de l'affiche.
 Ce soir en tout cas, les hommes d'Onesta vont se les coltiner, eux et leur jeu rapide. Diaz et sa densité physique, Perez et son bras droit qui leur avait fait mal en janvier 2003 au cours d'un match du Mondial que les Bleus avaient dominé sans souci (29-24), mais au cours duquel il avait inscrit neuf buts. En plus, ce soir, au Rhenus, la température sera leur alliée. Ça va les changer.

P.C.

*Le gardien de Pampelune Vladimir Hernandez, lui aussi naturalisé Hongrois et international, n'a pas été retenu pour les Jeux olympiques.