© Dernières Nouvelles d'Alsace  - Ven 26 août 2005

Richardson est éternel...

   Jackson Richardson a posé ses valises mercredi, à Strasbourg. Hier, le public du Rhenus Sport l'a découvert sous les couleurs de Chambéry. Pour un retour aux sources...
 « L'EuroTournoi ? Pour moi c'est avant tout l'endroit où j'ai rencontré le n°55... » C'est par cette mystérieuse phrase que Jackson Richardson résume les quatre éditions auxquelles il a déjà participé.
 Alors avide de comprendre l'étrange relation qui lie Jackson à l'Eurotournoi, et au prix de moult recherches, nous avons retrouvé le fameux « n°55 ».
 « La première fois que j'ai rencontré Jack, raconte l'intéressé, c'était en 1990, lors du tournoi de France à Muhlouse. Avec sa petite moustache et ses cheveux courts, il ne ressemblait à rien ! J'ai voulu discuter avec lui mais il ne m'a pas dit deux mots. Il a juste balbutié un timide : "Je ne veux pas déranger"... »
 Près de 15 ans après, Jackson Richardson n'a pas changé. Son palmarès d'exception et son titre de meilleur joueur du monde en 1995, ne lui ont pas fait perdre son humilité, sa générosité.
 Car s'il en est bien un qui reste à chaque fois sur le terrain après les rencontres pour signer des autographes, c'est lui. Quelque part, il a une mission. Il s'en acquitte. Toujours avec le même désintéressement qui le caractérise.
 Après neuf ans passés à l'étranger, à Grosswallstadt puis à Pampelune, Jackson est de retour en France. Le projet de Chambéry l'a séduit. « Ça fait deux ans qu'on en discute. Sportivement c'était intéressant et puis surtout, ils me proposaient quelque chose après. »

« Son histoire
se finira là-bas »

 A 35 ans, Jackson est en effet plus proche de la fin de sa carrière que du début. Le club de Chambéry, qui a su associer au défi sportif une offre de reconversion dans l'immobilier à la Réunion, a donc eu plus de succès que ceux d'Istres, Nîmes, Paris et Ivry.
 Une décision logique aux dires de son ami de longue date, le toujours mystérieux n°55. « Jack a signé à Chambéry parce que c'était en quelque sorte le club qui le rapprochait le plus de la Réunion. Chez lui, c'est tout pour lui, c'est son île. Et depuis qu'il en est parti en 1990, il n'a cessé de vouloir s'en rapprocher. Il sait que son histoire se finira là-bas. »
 En attendant, le retour en France de l'homme aux 417 sélections est un événement. Dans le monde du handball, dans celui du sport en général. Et le public ne s'y trompe pas.
 « Partout où je vais, je sens les gens contents de ma venue, raconte l'ex-international français. Ça donne vraiment envie de continuer. »

Agenda de ministre

 Au tournoi d'Oloron la semaine dernière il a, pour la première fois depuis bien trop longtemps, rejoué devant ce public. « Ça m'a plu. J'ai tout simplement l'impression de revivre les grands moments de l'équipe de France, de retrouver mon public ».
 Jackson attire les foules, les médias le suivent à la trace. Une sur-médiatisation pas toujours évidente à gérer. Et comme il pêche par excès de gentillesse, qu'il ne sait pas dire "non", son agenda ressemble, à quelque chose près, à celui d'un ministre.

Faire rêver sans déranger

 Mais dans l'immédiat, Jackson a l'esprit concentré sur son objectif du moment : l'EuroTournoi. Un retour en Alsace qui ravive les souvenirs.
 « Pendant les quatre années où j'ai évolué en Allemagne, je venais me ressourcer à Strasbourg quasiment tous les week-end. J'y ai plein de souvenirs, d'amis, je m'y sens chez moi en quelque sorte. »
 Ensuite, Jackson Richardson repartira sur son île... Et le hand dans tout ça ? « Je n'ai pas envie de brûler les étapes. Mais d'ici quelques années, quand j'aurai tourné la page de ma carrière de haut niveau, je me tournerai peut-être vers les jeunes réunionnais, pour les faire, à leur tour, rêver. »
 Le n°55 de conclure : « Ça fait 15 ans qu'il les fait rêver de toute façon. »
 Et si le n°55 reste à couvert, Jackson lui continue de marcher, de jouer à découvert. D'un pas hésitant peut-être, timide sûrement, pour ne surtout pas déranger. Mais personne n'a envie de mettre un point final à son histoire.

Marjolaine Grappe