© Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 27 Août 2005

Accompagnatrice de géants


 


 


Jeune bachelière, Svetlana est devenue interprète pour quelques jours.(Photo DNA - Muriel Bortoluzzi)

 

Derrière chaque compétition internationale, il y a une organisation millimétrée, orchestrée souvent par des bénévoles. Svetlana Koval, étudiante ukrainienne à Strasbourg, est de ceux-là. Elle s'est proposée pour accompagner l'équipe ukrainienne de handball pendant l'EuroTournoi de Strasbourg.

Svetlana Koval n'est pas petite, mais au milieu de ses champions, elle se sent « miette ». Pourtant, c'est en partie sur les épaules de cette jolie Ukrainienne de 20 ans, installée à Strasbourg depuis quatre ans et demi, que repose la réussite d'une grande équipe à l'EuroTournoi, la compétition de handball qui se déroule au Rhenus de Strasbourg jusqu'à dimanche. Cette équipe, c'est celle du Zaporozhye, à peu de chose près l'équipe nationale d'Ukraine.

Pas un mot de français

 Depuis jeudi, Svetlana est à la fois l'interprète, la coordonatrice, la guide, la confidente, et bien sûr la supportrice de dix-sept handballeurs ukrainiens de talent. Un travail à plein temps qu'elle accomplit bénévolement, avec le sourire. « J'ai l'impression d'être dans un tourbillon. Je remplis les feuilles de match, je guide les chauffeurs jusqu'aux terrains, je gère le planning avec le personnel de l'hôtel, je réponds à toutes les questions... Ça va à 100 à l'heure, mais c'est passionnant », confie-t-elle dans le hall de l'hôtel, pendant la sieste de ses protégés.
 Elle vient tout juste d'obtenir son baccalauréat au lycée international des Pontonniers, et maîtrise donc tout à fait bien le français, mais c'est la première fois qu'elle joue le rôle d'interprète : « Les joueurs se moquent de moi, car parfois je mélange tout, je construis les phrases à l'envers. Ça me fait drôle de parler ma langue maternelle toute la journée. »
 Reste que son aide est essentielle, car aucun membre de l'équipe ne comprend un mot de français, ou même d'anglais. « C'est sûr, ils ont besoin d'être accompagnés partout. Sans moi, ils se seraient déjà perdus dans la ville depuis longtemps. »

Couvre-feu

 L'équipe est arrivée jeudi matin en car. Et en avance. Leurs chambres n'étaient pas encore prêtes, ce qui a quelque peu gâché l'accueil chaleureux que leur réservait Svetlana. « Ils étaient très contrariés, il a fallu les occuper jusqu'à midi. J'en ai profité pour leur faire découvrir la ville, ils ont fait des achats pour leur famille. Finalement ils ont passé un bon moment », raconte-t-elle.
 C'est que, le reste du temps, le programme est très serré et rigoureusement respecté. Exemple avec la journée d'hier : réveil à 8h, petit-déjeuner à 8h30, entraînement à partir de 10h30, puis déjeuner à 13h30, sieste jusqu'à 16h, départ pour le Rhenus à 16h15, match à 18h contre les Allemands du Gummersbach, retour à l'hôtel, dîner le plus tôt possible et extinction des feux dans la foulée.
 « Même s'il y a une victoire à fêter, le coach est très strict sur le couvre-feu », précise Svetlana. La jeune femme voudrait avoir plus de temps pour leur montrer « la beauté de la ville, le mode de vie des Français, tout ce qu'ils n'ont pas chez eux ». Mais la compétition a ses règles. Certains lui ont déjà promis qu'ils reviendraient lui rendre visite.
 En attendant, Svetlana met toute son énergie au service de ces « géants gentlemen » qui lui font revivre un bout de vie ukrainienne.

Perrine Bonnet