© Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 27 Août 2005

Les copains d'abord


 


 


Eric Gull : C'est toujours une fête de revenir ici.(Photo DNA - Muriel Bortoluzzi)

 

On appelle ça un personnage. Où qu'il aille, Éric Gull, l'Argentin de Valladolid, ne passe pas inaperçu. Et pas seulement en raison des 204 centimètres qu'il accuse sous la toise.
 

Avec lui, c'est comme s'il n'était jamais parti. Éric Gull ne manque d'ailleurs pas une occasion de se retremper dans l'ambiance sélestadienne comme en mai dernier lorsque l'ancien du SCS avait pris le chemin de l'Alsace pour être de l'enterrement de vie de garçon de Didier Stachnick, son ancien coéquipier sous le maillot violet.
 Parce qu'il est comme ça, Éric Gull. Fidèle en l'amitié, disponible, affable. Le tout à la sauce sud-américaine : une faconde intarissable et un sourire grand comme ça. Parlez-en à ses anciens partenaires, pas loin, à l'occasion de l'un ou l'autre déplacement, de demander grâce...

« Baguette »

 Il est ainsi arrivé à Strasbourg, mercredi soir, comme s'il en était parti la veille. Pas dépaysé pour deux sous. Et des tas de choses à raconter dans un incertain espéranto que ses deux ans passés à Moscou et sa dernière saison à Valladolid n'ont pas arrangé.
 « Baguette », ainsi que l'a surnommé François Berthier, a trouvé ses marques dès sa descente du bus. L'oreille (moins le morceau manquant, mais ça, c'est une autre histoire) collée au portable pour prévenir les potes de son arrivée.
 « Parce que c'est toujours une fête de revenir ici. J'y ai passé deux années parmi les meilleures, j'y ai rencontré des amis. Et les amis, on a toujours envie de les voir, non ? »
 Parti en 1997 de son Argentine natale, Éric Gull en a pourtant vu du pays. Du Brésil puis de la Suède (Malmoë) à l'Espagne (Valladolid aujourd'hui) en passant par la France (Sélestat), la Russie (Moscou) et... l'Espagne (Leon hier), il a accumulé les expériences et les souvenirs. Bons, forcément, la mémoire de ce garçon-là n'ayant visiblement aucune prédisposition à retenir les moments galères.

« Le plus heureux »

 « Que pouvais-je rêver de mieux que ce que je vis aujourd'hui ? Ma passion m'a permis de voir du pays, de rencontrer des gens, de découvrir des cultures qui m'ont, chacune à son échelle, énormément apporté. J'avoue, je suis le plus heureux des hommes. J'ai la chance de pouvoir vivre intensément ma vie de sportif en même temps que celle de père de famille. »
 Car s'il regrette - parce que pour bien mesurer son bonheur il faut bien avoir l'un ou l'autre manque - s'il regrette donc d'avoir quelque peu négligé sa famille restée en Argentine (« mais ça a été le prix à payer »), Éric Gull mesure à sa juste valeur le chemin parcouru depuis que Mats Olsson, dirigeant un stage au Brésil, lui a proposé de venir tenter sa chance en Europe.
 « J'ai disputé cinq Championnats du monde (le premier en 1997 au Japon) dont certains, notamment le Portugais (en 2003) m'ont permis de me faire connaître (il avait alors marqué 10 buts face à la Croatie puis 8 devant la Russie, succès et nul à la clé). J'ai, économiquement, assuré une partie de mon avenir et je me suis fait des tas d'amis. Le hand, finalement, c'est ça : jouer, gagner et, dans la mesure du possible, le faire avec des gens qu'on aime... »

« J'en veux encore »

 A 32 ans (il les fêtera... demain), Éric Gull a pourtant encore faim d'expériences. 8e buteur du dernier championnat d'Espagne, décisif dans la victoire de Valladolid en Coupe du Roi (23 buts en trois matches), « Baguette » en redemande. « J'ai la foi, l'envie et pas de pépins physique. C'est le temps qui décidera, pas moi. Mais là, j'en veux encore. »
 Après ? « Forcément j'y pense de temps en temps. Je reviendrai chez moi, je m'occuperai plus de ma famille (une petite Sofia rejoindra - c'est prévu pour le 5 septembre - le petit Juan-Fédérico) et, peut-être, j'entraînerai. De toute façon, je veux aider l'Argentine à progresser, même si les moyens nous feront toujours défaut. Et je ferai tout ça en me disant que, oui, j'ai vraiment eu la chance de vivre la vie que j'ai choisi. »
 Dans le texte : « Si ça, ça ne ressemble pas à être du bonheur... »

A.V.