© EuroMag, Samedi 26 aout 2006

Petit Mladen est devenu grand

Pour certains, le handball commence très tôt. Dès l'âge de 6 ans on vous colle une balle dans les doigts. Mladen Bojinovic n'a pas été de ceux-là. Rien en fait ne destinait le petit Mladen, né en 1977, à une grosse carrière de handballeur.

En fait, du côté de Banja Luka, on le voyait plutôt s'éclater sur les terrains de foot et jusqu'à l'été de ses treize ans cela ne devait pas changer. Que se passe-t-il donc durant cet été 90? Rien de particulier, Mladen a juste (un peu) grandi: "J'ai pris 25 cm en 4 mois! Du coup, j'étais devenu trop lent pour le foot..." Le budget fringues a aussi dû en prendre un coup. Le temps d'acheter les vêtements, de les mettre quelques jours et les voilà trop petits! "Je n'ai plus fait de sport en club pendant un an et demi environ. Juste un peu à l'école..."

Banja Luka ville de hand

C'est justement dans la cour de l'école que le petit, pardon, le grand Mladen est repéré par des gens du club de hand local, grand d'Europe dans les années 80-90.

"J'ai commencé le hand en club à 15 ans avec les juniors, un an plus tard j'intégrais l'équipe première." Malheureusement, les temps sont durs et du fait de la guerre qui ravage l'ex-Yougoslavie, le club ne prend pas part à beaucoup de compétitions. C'est pourquoi, deux ans après ses débuts handballistiques, il va jouer en D1 serbe à Jagodina. "Nous étions une équipe jeune et j'y ai énormément progressé." Une progression qui l'année d'après lui fera rejoindre les rangs du Partizan de Belgrade, champion de Serbie. Il y restera quatre ans, le temps d'être sélectionnée en équipe nationale juniors puis en A.

Leon et l'Espagne

1999, Mladen fête ses 20 ans en découvrant le championnat d'Espagne à Leon. "Cette première expérience fut assez moyenne. Je découvrais un nouveau pays et donc une nouvelle culture, une nouvelle langue et ce qui était vraiment la vie professionnelle. C'est pourquoi à la fin de la saison, je rejoignis Irun Bidasoa. Je finis deuxième buteur du championnat et le club atteignait la demi-finale de la coupe de l'EHF, éliminé par Magdebourg. Ce fut une belle saison, en tout cas ma plus belle en Espagne." A l'intersaison 2001, le grand Barcelone le recrute. Il y remporte la coupe de la ligue espagnole.

Montpellier héros

C'est au début de la saison 2002-2003 qu'il pose ses valises à Montpellier. Contrairement à Leon, l'intégration se fait aisément. "Il y avait déjà Dédé Golic et Nikola Karabatic au club et j'arrivais avec Rastko Stefanovic et comme j'étais plus mûr et plus expérimenté, tout fut plus facile." Cette première année dans le Languedoc fut la plus faste de la carrière de Bojinovic. "On gagne le championnat, la coupe de France et la Ligue des Champions!" Personne n'a oublié ce match retour à Montpellier face au Pampelune de Jackson Richardson et personne n'a oublié ce grand brun aux cheveux longs, les poings levés vers le ciel. "C'était magique, un moment qui restera à tout jamais dans ma mémoire."

Tourné vers le futur

Mais Mladen n'est pas du style à se retourner constamment: "Il faut toujours regarder devant soi. Je veux encore gagner des titres, notamment la Ligue des Champions! D'ailleurs, je veux toujours gagner. Que ce soit sur un terrain de hand ou pour une simple partie de cartes, joueur pour jouer, je ne connais pas..."

Sous contrat au MHB jusqu'en 2009, il a retrouvé la sélection Serbe cet été. "J'avais gagné le bronze au Mondial en France en 2001 puis j'avais quitté la sélection car je ne m'entendais pas du tout avec Vujovic le sélectionneur. Celui-ci parti, je suis revenu en équipe nationale. Dommage que nous ne nous soyions pas qualifiés pour le championnat du monde 2007. (NDLR: éliminé en barrages par la République tchèque de son coéquipier de Montpellier Juricek). La Serbie est une bonne équipe dont les joueurs évoluent tous dans les plus grands clubs d'Europe, mais nous allons avoir plus d'un an sans grande compétition internationale, c'est rageant."

L'avenir pour Mladen Bojinovic est donc à Montpellier: "Je suis bien ici. J'aurais 32 ans à la fin de mon contrat, j'y finirai peut-être ma carrière, qui sait?"

Gageons que d'ici là le MHB verra encore les poings de son Serbe aux cheveux longs levés au ciel.

Eric SEYLLER