© EuroMag, Dimanche 27 aout 2006

Dujshebaev, Talant pur

S’il ne fallait retenir qu’une seule image de Talant Dujshebaev, ce serait sûrement celle-là : son incomparable " tir désaxé en suspension ". Cette capacité à surprendre les défenseurs en changeant au dernier moment la trajectoire de ses shoots grâce à un mouvement digne d’un contortioniste de fête foraine.

Avec ce geste si spécial, Dushebaev a dérouté les défenses du monde entier. Il s’est forgé un palmarès hors du commun, à l’instar de son talent et de son parcours.

Car au-delà du nombre impressionnant de titres qu’il a glané, les tribulations de Dujshebaev ont contribué à faire de lui une légende du handball international. Une trajectoire aussi étonnante que sa technique. Un itinéraire atypique qui l’a amené à revêtir le maillot de trois sélections nationales différentes.

Dujshebaev est né en 1968 à Bichkek, la capitale du Kirghizistan. Il a grandi dans cette république de l’URSS avant de rallier Moscou pour rejoindre le club du CSKA avec lequel il est plusieurs fois champion.

A 24 ans, le demi-centre remporte l’or olympique à Barcelone sous les couleurs de la CEI, survivance éphémère d’une Union soviétique éclatée. L’année suivante, le Kirghize qui possède la double nationalité fait partie de l’équipe de Russie sacrée aux mondiaux.

"Je suis Kirghize pour toujours"

A ce moment, Dujshebaev a déjà rejoint la Liga et le club de Santander. C’est là qu’il est naturalisé Espagnol le 10 février 1995, poursuivant dès lors sa carrière internationale sous le maillot de la sélection ibérique.

A la question de savoir s’il se sent plutôt Espagnol, Russe ou Kirghize, Dujshebaev répond sans sourciller : " Après avoir vécu dans des pays très différents, je peux affirmer que je me sens bien partout. Mais une chose est sûre : je suis Kirghize pour toujours."

Aujourd’hui, Dujshebaev est l’entraîneur de Ciudad Real, ce grand d’Espagne où il a achevé sa carrière de joueur après un passage par l’Allemagne. Une reconversion opérée il y a quelques mois mais que l’ancien demi-centre préparait depuis plusieurs années:

" J’ai eu beaucoup d’entraîneurs de diverses nationalités. A leur contact, j’ai pu observer, apprendre et comparer. Et depuis mon poste sur le terrain, j’ai souvent été le relais de mes coachs. Devenir entraîneur était pour moi une évidence."

Aux commandes d'une redoutable machine

Il s’efforce désormais de transmettre les valeurs qui lui ont aussi permis de gagner une kyrielle de récompenses individuelles. Si l’on se réfère au bilan de sa première saison à la tête de son équipe de stars, le message de l’entraîneur Dujshebaev semble plutôt bien passer. Ciudad Real a remporté la Ligue des champions, la Supercoupe d’Europe et la coupe d’Espagne.

Après trois semaines de travail foncier, l’armada de Ciudad Real a débarqué à Strasbourg pour peaufiner ses automatismes dans le jeu: " Le niveau de ce tournoi est très relevé. C’est important pour notre préparation de pouvoir nous frotter à des clubs que l’on pourrait retrouver en Ligue des champions. Les joueurs ont besoin de trouver le rythme, de jouer, de gagner. Une victoire ici lancerait parfaitement notre saison."

A charge pour Montpellier de tenter tout à l’heure d’enrayer la redoutable machine pilotée par Dujshebaev. Et avec des joueurs comme Anquetil ou Guigou, les Héraultais non plus ne manquent pas de purs talents.

EM