© Dernières Nouvelles D'alsace, Mardi 21 aout  2007

 

Gros plan sur Ciudad Real avant l'EuroTournoi

Le retour du Roi

L'an passé, les Espagnols de Ciudad Real ont tout gagné. Ou presque. C'est ce presque (la Ligue des Champions tout de même) qui fait tiquer de l'autre côté des Pyrénées où on est justement habitué à tout gagner, pas presque tout.

Un soir de l'année passée, Ciudad Real a perdu un match de huit buts. Ce n'était jamais arrivé. C'était le mauvais soir, celui du match retour des quarts de finale de Ligue des Champions. C'était à Pampelune, c'était un 3 mars mais la date n'a pas d'importance.
 Non, ce qui compte, c'est que ce soir-là, Ciudad Real a perdu de huit buts, que ce n'était jamais arrivé et que c'était le mauvais soir.
 L'équipe castillane pouvait bien remporter dans la foulée le championnat, la coupe d'Espagne, la Super Coupe d'Europe, le championnat du monde des clubs et la coupe à Toto, cette défaite qui éliminait les coéquipiers de Dinart allait définitivement gâcher la saison, ce qui est un peu fort de café tout de même.
 « Oui, mais ici c'est normal, dit simplement Didier Dinart. Nous étions tenants du titre et nous sortons en 1/4 après avoir gagné le match aller de cinq buts, alors il y a eu un gros sentiment d'inachevé. Il faut comprendre que Ciudad Real est programmé pour tout gagner et la saison dernière, on a tout gagné sauf la Ligue des Champions qui était notre gros objectif. C'est tout, c'est comme ça ».

Des vues stratégiques
grandioses dignes de Koutouzov
ou d'Ardant-du-Picq
 

 Et que ce soit Pampelune, rival national attitré avec le Barça et terrain de jeu du génial Balic, qui ait stoppé ce chemin annoncé triomphal n'amplifie en rien la déception. « Pampelune n'a rien gagné, tranche assez catégoriquement le défenseur international français. C'est Kiel qui nous a battus, pas Pampelune ».
 Bon, on ne va pas ergoter. On a finalement assez peu envie ergoter avec un pivot d'1,97 m pour 104 kg, même s'il est d'un calme de miroir et même si le calendrier dit bien que le 3 mars c'est Pampelune qui...
 Ce qui reste au final, c'est que depuis plusieurs années Ciudad Real est toujours l'une des deux ou trois, ou peut-être même la meilleure équipe du monde. Avec un effectif constellé d'étoiles ou tous les postes sont doublés voire triplés par des internationaux.

« Ici il y a tout. Je ne vois pas
pourquoi j'irai me compliquer
la vie ailleurs »
 

 Sterbic et Hombrados au but, Stefanson, Rutenka, Entrerrios, Zorman à l'arrière, Urios, Dinart ou Laen au poste de pivot, Parrondo, Källman, Davis, Metlicic ou Hjermind sur les ailes... pour bien faire il faudrait citer tout le monde. Rien que des stars.
 Même sur le banc où l'indépassable Dujshebaev peut nourrir des vues stratégiques grandioses dignes de Koutouzov ou d'Ardant-du-Picq avec le soutien financier et moral de son président, Domingo Diaz de Mera, homme d'affaire à la fortune florissante (il possède plus de 110 entreprises) et sponsor du club.
 Le club est donc porté par une ambition démesurée : tout remporter. Chaque année. Et il s'en donne les moyens dans un championnat à deux vitesses avec les gros (Ciudad Real, Barcelone, Pampelune, voire Valladolid et de temps à autre Leon) devant et les petits derrière.
 « Ici, il y a tout, continue Dinart. Les installations, l'argent, la qualité de vie. Moi, je ne vois pas ce que je pourrais trouver de mieux ailleurs. Je joue dans l'une des toutes meilleures équipes du monde, dans un championnat fait pour moi où on défend beaucoup. Et puis, il y a moins de matches qu'en Allemagne où c'est le règne du sport business avec des cadences infernales. Je ne vois pas pourquoi j'irai me compliquer la vie ailleurs ».
 Le mollet saillant dans les bandes molletières, Dinart et les joueurs assimilés castillans cheminent donc avec cette certitude égale. Chics comme des fils d'Espagne et revenus des précédentes campagnes galonnés comme un officier du Monténégro.
 A l'EuroTournoi jeudi, face à Zagreb pour commencer, ils seront évidemment l'attraction principale, eux et leur coach Talant Dujshebaev encore capable de venir faire quelques piges au milieu de cette équipe « galactique » pour reprendre une expression qui ne veut rien dire.
 Les jambes un peu lourdes peut-être après trois semaines de stage et une dernière préparation effectuée en Sierra Nevada à plus de 2 300 m. Histoire sans doute de toujours croiser en haute altitude.

P.C.