© Dernières Nouvelles D'alsace, Mercredi 22 aout  2007

 

Gros plan : Magnus Andersson

La science infuse

A l'EuroTournoi, les stars sont aussi sur le banc. Avec, au rayon des anciens joueurs de classe mondiale reconvertis entraîneurs, quelques références comme Dujshebaev (Ciudad Real), Gardent (Chambéry), Kljaic (Zagreb). Sans oublier Magnus Andersson (Copenhague). Surtout ne pas oublier Magnus Andersson.

Les sourcils buissonnent un peu plus peut-être et puis son improbable coiffure blonde dégarnie a fait place à une tonsure impeccable. Pour le reste, rien n'a changé. Toujours ce visage émacié, ces yeux à l'affût, noirs, attentifs qui semblent tout capter.
 Un visage de vieux jeune homme finalement. Un peu enfermé à l'intérieur de soi. Le regard devant lui, porté comme un poing comme lorsque la Suède régnait sur la planète hand et qu'il était à la manoeuvre. Les Wislander, Larsson, Olson and co enquillaient et lui régalait. Les autres désespéraient sauf lors de J.O. qu'il n'a jamais remportés*.
 L'ancien Sélestadien Olivier Engel, qui a été son coéquipier à Schutterwald il y a dix ans, se souvient d'un joueur hors norme et d'un type épatant.
 « Sa présence a été l'une des raisons pour lesquelles je suis allé à Schutterwald et pas ailleurs, se souvient-il. Quand j'étais gamin, je voyais ce petit bonhomme blond qui faisait pleurer les colosses russes et je rêvais de l'approcher. Andersson, c'était un absolu du handball. Un joueur comme on en voit pas un par génération ».

« Tu peins "Jack" en blanc... »
 

 Un physique plutôt quelconque dans le hand (1,80 m, à peine 80 kg), mais une science, une vision du jeu sans égal. Une paire d'yeux, on y revient, qui voyait tout, tout le temps, avant tout le monde. Le pivot, l'ailier démarqué, la faille dans la défense.
 « Déjà à la télé, il t'apprenait des trucs, mais quand tu l'approchais..., poursuit Olivier Engel. En plus, c'est un super gentil mec, pas star pour un sou. Moi, je n'étais rien qu'un gamin de 24 ans qui avait marqué quelques buts en France quand j'ai débarqué et lui avait déjà tout gagné, mais il était à l'écoute, faisait profil bas. Je l'emmenais se promener à Strasbourg, tranquille. Et puis, c'était un bosseur sur le terrain, mais un gamin dans la vie, capable de mettre de la colle dans les chaussettes d'un coéquipier pour déconner ».
 Comme Balic, comme Richardson (« Tu peins Jack en blanc, tu lui enlèves un peu de fantaisie, tu rajoutes un peu de rigueur et un bras plus rapide parce qu'il avait une vitesse de bras que je n'ai jamais vue, un vrai élastique, et tu as Magnus »), l'actuel coach de Copenhague était capable de changer le cours d'un match à lui seul.
 « Déjà, il mobilisait deux joueurs à lui tout seul, continue Engel. Sans rien faire, il ouvrait des espaces. Mais il en faisait des choses. Et tout ce qu'il faisait était calculé, pensé. Jouer avec lui, c'était magique ». Sous ses ordres, ça ne doit pas être mal non plus.

 

P.C.

Chaque année entre 1990 et 2001, Andersson et la Suède ont remporté un titre (deux sacres mondiaux, quatre continentaux) ou décroché un podium (dont trois titres de vice-champions olympiques)