© Dernières Nouvelles D'alsace, Vendredi 24 aout  2007

 

Début hier de la 14e édition de l'Eurotournoi

Zoum-Zoum Dzomba !

A 30 ans, le supersonique ailier de l'équipe de Croatie vient de quitter Ciudad Real pour Zagreb, son club de toujours. Avec une nouvelle page à écrire.

Son sourire qui illumine en permanence semble-t-il son visage d'étudiant potache s'est transformé en rictus. Six buts encaissés en six minutes, pas un de marqué ni par lui ni par l'un de ses coéquipiers... pour ses retrouvailles avec son ancien club, Mirza Dzomba avait rêvé d'autre chose que d'une humiliation.
 Le joueur s'en remettra. L'homme aussi. En quittant la vie dorée de l'Espagne et du coup tous les titres européens qui lui tendaient les bras, l'international croate savait qu'il prenait un risque. Il l'assumera jusqu'au bout. Même si le chemin est un peu plus long et escarpé qu'attendu.
 « Pour moi, je pense que c'était le bon moment de rentrer au pays, expliquait-il un peu plus tôt dans l'après-midi. Ça faisait sept saisons que j'étais parti et j'étais un peu fatigué de cette vie loin de chez moi. Et puis, j'avais tout gagné avec Ciudad Real. Mais ça n'a pas été une décision facile à prendre parce que ce n'est pas facile de quitter un tel club et je sais déjà, quoi qu'il arrive par la suite, que ces trois années passées à Ciudad Real auront été les meilleures de ma carrière. C'est un club dont tous les autres pourraient s'inspirer ».

Cinq finales de Ligue des Champions perdues :
Dzomba a fini par tutoyer le complexe

 

 Avec le retour à Zagreb de l'une des superstars mondiales du hand, c'est en tout cas l'ensemble du projet du club croate qui a pris de l'épaisseur. Car outre Dzomba, ce ne sont que des joueurs de top niveau européen (Sola, Kaleb, Vori, Spoljaric) qu'a recruté le RKZ.
 « Il y a la volonté de réaliser quelque chose de grand ici sur le long terme et le club l'a montré en attirant de beaux joueurs pendant les périodes de transfert, poursuit le meilleur ailier droit du mondial 2003 et des Jeux Olympiques. Il reste encore quelques ajustements et renforts à faire, mais c'est très intéressant ce qui se passe. En tout cas, c'est ce projet, lié aux championnats du monde 2009 qui se dérouleront chez nous, qui m'a convaincu. Et puis, Zagreb à une grande tradition. Le club a déjà gagné la Ligue des Champions ».
 Pour lui qui a longtemps couru après, ça veut dire quelque chose. Joueur exceptionnel, doté d'un shoot d'une fiabilité à toute épreuve et de qualités physiques qui font de lui le cousin de l'homme élastique, Dzomba a ainsi perdu cinq finales de Ligue des Champions avant d'en gagner une. Un moment, il a frôlé le traumatisme et tutoyé le complexe.
 « C'était devenu une obsession, sourit-il. Je n'ai jamais gagné le titre de champion d'Europe et avec la Croatie, c'est le seul qui me manque, mais je n'y pense pas. La Ligue des Champions, c'était un manque obsédant, j'y pensais en permanence. Après la 5e finale perdue face à Barcelone, j'ai cru à un cauchemar ».
 Comme lors des championnats d'Europe 2000 où la Croatie, chez elle, a été privée de J.O. par la Slovénie. Il dit alors qu'il y a des défaites qui font grandir et que celle-ci a provoqué une crise de croissance aiguë. « J'ai mis trois mois à m'en remettre, c'est la plus grande déception de ma vie ». A l'écouter en parler, on ne jurerait pas que la cicatrice est définitivement refermée...

Reconversion
dans l'immobilier
 

 A Zagreb, dans cette ville qu'il a du mal aujourd'hui à reconnaître tant elle a changé depuis son départ, elle va s'effacer. Pas disparaître, parce que ce jour-là il était allé de l'autre côté de ses larmes et qu'on n'en revient jamais tout à fait indemne, mais s'effacer.
 Le temps de remporter quelques titres puis de couler une vie tranquille avec sa famille au bord de l'Adriatique où il a commencé à faire construire des appartements destinés préparer sa reconversion dans l'immobilier.
 « Jusqu'en 2009, je ne pense qu'au hand, après on verra, explique-t-il. Ce à quoi j'aspire le plus profondément après, c'est de vivre paisiblement avec ma famille, loin du stress de la compétition, chez moi en Croatie ». D'ici là, il a encore le temps de gagner une Ligue des Champions. Et avec Zagreb, elle aurait forcément une toute autre saveur.

 

P.C.