© Dernières Nouvelles D'alsace, Dimanche 27 Juillet 2008

 

Don Quichoque

A 24 ans, Nikola Karabatic n'est pas seulement la nouvelle grande star du handball mondial. Il est aussi un leader hors du terrain qui ambitionne notamment de créer un syndicat européen des joueurs destiné à défendre leurs droits.

Ça pèse combien un joueur de hand ? Sur la balance on sait, en euros on devine, mais un joueur de hand, ça pèse vraiment quel poids politique, puisqu'il faut bien employer le mot ?
 Apparemment pas bien lourd. Alors que le handball évolue à une vitesse incroyable, que les contacts sont de plus en plus violents et que la course au gigantisme devient vertigineuse, les instances mondiales multiplient le nombre de matches contre toute logique médicale. Sans un regard pour ceux qui restent à terre, l'oeil simplement fixé sur la calculette et les retombées financières.

« Ce qui se passe actuellement
est scandaleux »
 

 Du coup, ils sont quelques-uns de ces fantassins à monter au créneau. Avec Nikola Karabatic en porte-voix et porte-drapeau. Il a les épaules pour faire les deux.
 Comme Cantona et Maradona avant lui dans le foot, le meilleur joueur du dernier championnat d'Europe profite de son statut pour faire avancer la cause.
 « Ce qui se passe actuellement est scandaleux, explique-t-il sans hausser la voix. Le handball est devenu un sport extrêmement physique, le plus violent après le rugby. Et sans aucune considération pour les joueurs, on leur impose des cadences infernales qui ne sont pas tenables. Nous sommes quand même les premiers concernés ».
 Avec l'ancien Ivrien Marc-Olivier Albertini et l'ex-portier espagnol, Javier Fort, avec Jérôme Fernandez aussi, il rêve d'un syndicat européen des joueurs qui puisse faire poids et corps face à l'omnipotence de l'IHF (International Handball Federation) qui a décidé de se réunir... en 2012 pour évoquer le sujet.

« Quand il y a des absurdités
qui se produisent, il faut le dire »
 

 « Le seul moyen pour arriver à quelque chose est de réussir à mobiliser les joueurs, continue celui qui, avant les JO, aura joué plus de 70 matches cette saison. C'est compliqué bien sûr, mais ça vaut le coup d'essayer. C'est l'avenir de ce sport fabuleux qu'on prépare ».

 

 Don Quichotte en croisade contre les moulins à vents des potentats multisponsorisés alors ? Il y a de ça un peu et c'est touchant. D'autant que Nikola Karabatic fait feu de tout bois et, du coup, détonne dans un univers aseptisé qui tend forcément sur l'égocentrisme.
 Du Tournoi de Qualification Olympique (TQO) organisé en dépit du bon sens au limogeage de Zvonomir Serdanusic, le sorcier de Kiel, en passant par ces histoires de cadence donc, il a pris l'habitude de faire entendre sa voix. Et parfois aussi de jouer les intermédiaires, comme dans le conflit qui a opposé Serdanusic à Schwenker, le manager du THW Kiel.

« Ce n'est pas possible
qu'on ne réussisse pas
à intéresser plus les gens »
 

 « Je n'arrivais pas à croire qu'ils allaient le virer, vu les résultats que nous avions, poursuit l'ancien (il y a longtemps) Colmarien. Alors oui, j'ai essayé d'arranger les choses, mais le problème entre eux était trop important. Contrairement à ce qu'on pense, je ne me mêle pas de tout, mais je ne suis plus le petit jeune qui arrive et quand il y a des absurdités qui se produisent il faut le dire. Si moi je ne le fais pas, qui le fera ? »

 

 Son explosion au niveau international est en effet ce qui est arrivé de mieux au handball français depuis Jackson Richardson. Et son engagement sans faille pour le développement du hand hexagonal un solide message d'espoir.
 « Si je pensais qu'il n'y avait pas en France le potentiel, je la fermerais, dit-il. Mais ce n'est pas possible qu'on ne réussisse pas à intéresser plus les gens. Il devrait y avoir la même ferveur qu'en Allemagne. Pour ça, il faut de grandes salles et une volonté ».
 Montpellier, qui a mis sur les rails un palais des sports de 10 000 places, s'est d'ores et déjà placé dans cette logique-là. Avec dans ses rangs son jeune frère, Luka, tennisman prodige de 2,02 m, grand espoir français, qui a posé la raquette l'été dernier et qui a quelques semaines plus tard intégré le groupe professionnel montpelliérain. Avant d'effectuer ses débuts dans l'équipe de France juniors qui dispute actuellement le championnat d'Europe espoirs en Roumanie.
 « Il n'est pas là où il en est parce que c'est mon frère, mais parce qu'il a d'incroyables qualités, s'enflamme Nikola. Je rêve de jouer un jour avec lui. Nous avons depuis toujours une relation fusionnelle et ce serait magnifique ». Et l'une des meilleures choses qui pourrait arriver au hand français sans doute.

 

P.C.

.