© Dernières Nouvelles D'alsace, Jeudi 12 aout 2010

 

Claude Onesta :
« Un moment exceptionnel »


Claude Onesta sera, comme presque chaque année, un spectateur attentif de l'EuroTournoi. L'occasion pour l'entraîneur de l'équipe de France d'observer un grand nombre d'internationaux en vue du prochain Mondial. (Photos DNA - Michel Frison)

L'EuroTournoi, dont la 17e édition se disputera du 19 au 22 août à Strasbourg, est devenu un rendez-vous incontournable. Pour les meilleures équipes comme pour tous ceux touchant aux choses du handball. Dont Claude Onesta, l'entraîneur de l'équipe de France, fidèle parmi les fidèles.

Lorsqu'on lui demande le nombre de ses « participations » à l'EuroTournoi, Claude Onesta se fend d'un « quand on aime, on ne compte pas ! » en disant long sur l'attachement qu'éprouve le coach français pour la manifestation strasbourgeoise.
 Claude Onesta aime l'ET. Le tournoi, mais aussi tout ce qui fait que ce rendez-vous inventé il y a déjà 17 ans par quelques fondus-félés-mordus du hand est ce qu'il est devenu.

« Un tournoi sérieux avec des gens sains : un tournoi intelligent, quoi »

 « Je suis un inconditionnel, c'est vrai », lâche celui qui a honoré à divers titres le tournoi. En tant qu'entraîneur avec Toulouse, France A' et France tout court, en tant qu'observateur neutre aussi.
 « L'EuroTournoi est une manifestation de qualité à un moment-clé de la saison. C'est l'occasion, pour moi, d'assister à des matches de haut niveau et de côtoyer des joueurs ou des entraîneurs de façon plus détendue que lorsque je suis acteur. »
 « Et puis, il y a l'atmosphère, poursuit le Toulousain. Plus qu'un tournoi, l'ET c'est le rendez-vous du monde du hand dans une ambiance bien particulière. C'est un tournoi sérieux avec des gens sains. Un tournoi intelligent, quoi... »
 Claude Onesta, de retour de quelques jours de vacances du côté de Perpignan, n'aurait ainsi raté pour rien au monde « ce moment exceptionnel » lui permettant de combiner « l'utile et l'agréable ».
 Parce que, s'il apprécie goûter à la vie strasbourgeoise et à quelques-unes de ses spécialités (culinaires), l'entraîneur champion du monde, d'Europe et olympique profite aussi de ses escapades alsaciennes pour préparer ses lendemains à la tête de la formation tricolore. Et demain, c'est le Mondial en Suède (du 13 au 30 janvier 2011).

Sans Narcisse, avec la même envie

 Détentrice de tous les trophées depuis trois ans, l'équipe de France mettra en jeu, à cette occasion, un titre décroché en 2009 en Croatie.
 Sans Daniel Narcisse, victime d'une rupture des ligaments du genou gauche la semaine dernière - « une tuile, mais, même si ce ne sera pas pareil sans lui, on trouvera des solutions » -, mais avec une envie que les succès n'ont pas émoussée.
 Versée dans une poule A infernale qui compte les trois derniers champions du monde (Espagne en 2005, Allemagne et 2007 et France), mais aussi les deux premiers de la CAN (Tunisie et Égypte) ainsi que le Bahreïn, la formation tricolore n'aura pas la tâche facile, ce qui n'est pas forcément pour déplaire à son entraîneur.
 « Tout ça s'annonce compliqué, continue Claude Onesta, mais j'ai tendance à préférer ce type de situation à celle qui permet de rentrer doucement dans une compétition au risque de vite se prendre les pieds dans le tapis.

« Je continue à penser que chacun de nos succès est un exploit »

 « Tout ça a le mérite d'être clair : il faudra être performants d'entrée, passer correctement le premier tour (c'est-à-dire terminer dans les trois premiers) pour hériter d'une poule finale plus accessible (*) permettant de bien préparer une éventuelle demi-finale. »
 Il faudra donc faire vite et bien sachant que l'équipe de France ne disposera que d'une période de préparation très courte. « Nous disposerons de douze jours pour nous mettre à niveau alors que nous récupérerons des joueurs "rincés" par leurs championnats respectifs. Il va nous falloir être rapidement performants tout en ne négligeant pas la récupération. Chercher cet équilibre pas évident à trouver.
 « A cet égard, il est intéressant de disposer d'une équipe comme cette équipe de France, assez expérimentée pour gérer ce type de situation. »
 Claude Onesta fait au demeurant pleine confiance à un groupe complice et concerné. « Ce qui fait la force de cette équipe est avant tout son état d'esprit. Je sais disposer de joueurs de haut niveau, mais je reste persuadé que d'autres n'ont rien à nous envier. Je continue sincèrement à penser que chacun de nos succès est un exploit.
 « Et que c'est le degré de confiance et d'honnêteté qui anime ce groupe qui fait la différence. Personne ne se cache, personne ne triche dans cette équipe. Mais tous sont arrivés à un niveau de maturité tel qu'aucun n'a peur de faire front dans l'adversité. »

« Mon vrai plaisir n'est pas d'avoir tout gagné,
mais de l'avoir fait
avec des gens bien »

 Le coach tricolore sait la chance qu'il a de diriger des joueurs qu'il sent - parce que lui et son staff ont fait en sorte qu'il en soit ainsi - « engagés et heureux ».
 « Mon travail est plus de préserver cet état d'esprit que de briller par de prétendues stratégies révolutionnaires, ou que d'avoir progressé dans le jeu rapide ou de disposer de la meilleure défense du monde. Mon vrai plaisir n'est pas d'avoir tout gagné, mais de l'avoir fait avec des gens bien... »
 Claude Onesta a ses propres idées sur le sport et c'est à n'en pas douter là qu'il faut chercher le pourquoi des performances des Français ces dernières années. « On a toujours fait plus appel à l'intelligence des joueurs que l'on a sélectionnés qu'à leurs muscles. C'est aussi pour ça qu'ils se sentent aussi bien en équipe de France.

A Strasbourg en observateur

 « Ma préoccupation de tous les jours, depuis que j'ai la chance d'exercer le métier qui est le mien, est de faire que l'accumulation de performances individuelles fassent la force du collectif. Au bout du compte, le plus important n'est pas de gagner, mais le chemin emprunté pour y arriver. »
 Durant trois jours la semaine prochaine (il arrivera à Strasbourg le vendredi), Claude Onesta suivra avec intérêt les prestations des nombreux internationaux invités à l'ET, Montpelliérains, Chambériens ou Dunkerquois. Ceux qui ont été des campagnes chinoise, croate et autrichienne et qui partiront en Suède.
 « D'ici 2012 et les Jeux de Londres, nous ne solliciterons pas d'autres joueurs que ceux que nous avons déjà vus, à moins de blessures », termine Claude Onesta.

« Continuer à construire par petites touches »

 « Je préfère miser sur la continuité, l'expérience et la complicité, continuer à construire cette équipe de France par petites touches. Les arrivées dans le groupe de joueurs comme Accambray, Barrachet, Honrubia ou Dumoulin entrent dans cette logique. »
 S'il reste quelques tickets d'entrée disponibles, d'autres dont le néo-Montpelliérain et ancien Sélestadien Mickaël Robin peuvent en profiter. Ça peut aussi servir à ça, l'EuroTournoi...

A.V.

(*) En cas de qualification pour le deuxième tour, la France rencontra les trois qualifiés de la poule B composée de l'Islande, la Norvège, l'Autriche, la Hongrie, le Brésil et le Japon.

Claude Onesta en bref

Né le 6 février 1957 à Albi.
Ancien joueur et entraîneur de Toulouse (vainqueur de la Coupe de France en 1998 en tant que coach).
Il succède à Daniel Costantini à la tête des Bleus en 2001. Son palmarès avec l'équipe de France : champion olympique en 2008, champion du monde en 2009, champion d'Europe en 2006 et 2010, médaille de bronze aux Mondiaux-2003 et 2005, médaille de bronze à l'Euro-2008.