© Dernières Nouvelles D'alsace, Vendredi 20 aout 2010

 

Un sifflet deux étoiles

Ils ont longtemps été 5... 5 comme les doigts de la main, les continents, comme les héros des romans d'Enid Blyton, mais surtout 5* comme les handballeurs français doubles champions du monde. En l'occurence en 1995 et 2001. Kiki Gaudin, Bruno Martini, Grégory Anquetil, Jackson Richardson et l'autre Réunionnais Patrick Cazal.

Personne n'a oublié cette finale du 4 février 2001 remportée 28-25 après prolongations par les Bleus de Daniel Costantini dans leur antre de Bercy. Face à eux les Suédois, champions du monde et d'Europe en titre. Deux images de cette finale resteront ancrés à jamais dans l'Histoire du sport français. Le but égalisateur de Grégory Anquetil pour le 22-22 à 3 secondes de la fin du match qui offre la prolongation et maintient l'espoir pour les Français. Et les larmes de Patrick Cazal. Des larmes qui auront coulé deux fois ce dimanche là. D'abord à une poignées de minutes de la fin du match lorsque le Réunionnais se donne une entorse de la cheville. Puis une fois le match terminé lorsque les Bleus ajoutent la deuxième étoile sur leur maillot. Entre ces deux poussées lacrymales que s'est-il passé? "J'ai connu tous les sentiments. Une grande détresse quand je me blesse. Je me dis alors que c'est fini. Que je ne pourrais plus jouer et que la victoire s'échappe. Mais Daniel (Costantini) a su trouver les mots justes pour me donner le courage de revenir, j'ai puisé dans mes tripes la force de rejoindre les copains. Une joie immense au final." Auteur de 7 buts dans le match, il en marque 3 dans la prolongation. "C'était une finale de championnat du monde chez nous, à Bercy. J'avais eu une relation en dents de scie avec l'équipe de France, je ne pouvais pas laisser tomber." La suite on la connaît. Un deuxième titre mondial et les DNA titraient "Marchands de bonheur" avant que l'Equipe ne surnomme ces gars là les Costauds.

Quatre ans plus tard, Patrick Cazal prend sa retraite sportive. "Mon corps a dit stop. Je jouais à Dunkerque, mais je n'avais pas récupéré totalement d'une opération à mon épaule gauche (il est gaucher) et je ne voulais pas tricher avec mon métier, je ne voulais pas me limiter à l'appât du gain." C'est sans véritable idée de carrière qu'il se retire des terrains. "J'ai eu beau passer des bilans de compétence, je ne savais pas quoi faire." Il prend alors une année sabbatique et devient papa, "une transition assez agréable".

Dunkerque, son dernier club, lui propose alors de s'occuper des moins de 17 ans. "Je ne pensais pas être entraîneur. J'étais perdu dans ce que je voulais faire. L'envie d'entraîner était là, mais je doutais de mes capacités à être au niveau. la proposition de Dunkerque est arrivée au bon moment." Un an plus tard, il devient l'adjoint de Yérime Sylla à la tête de l'équipe 1. "C'est un rôle dans lequel je m'épanouis totalement. C'est une excellente formation pour moi dans un club très bien structuré, la meilleure possibilité pour moi si je veux être un jour entraîneur de D1. En attendant, j'apprends."

Dunkerque a connu en 2009-2010 une saison galère. 2e derrière Montpellier après les matches aller, l'USDK connait un nombre incroyable de blessures. Il manquait parfois 11  joueurs sur la feuille de match... "On a pu voir des jeunes dans le contexte de la D1, mais ce n'était pas l'objectif." L'objectif était le même que pour la saison qui débute, à savoir titiller Montpellier et Chambéry pour les places sur le podium.  "On espère les bousculer plus que l'an passé et surtout le faire sur tout le championnat, pas que sur les matches aller! On bosse, mais eux bossent aussi, on verra ce que ça va donner."

Lui, l'ancien des Bleus, porte un regard admiratif sur l'équipe de France de hand. Les Costauds/Experts/Invincibles sont selon Patrick "des boulimiques de la victoire. Ils sont capables à chaque compétition de se remettre en question. C'est exceptionnel. Ils ont un comportement exemplaire sur et en dehors du terrain ce qui nous change un peu d'une autre équipe de France (de qui parle-t-il donc?). C'est un vrai plaisir de les voir. Quand j'étais devant ma télé et qu'ils ont gagné l'or aux JO de Pékin, je n'ai pas pu (voulu?) m'empêcher de verser une petite larme."

Pour finir, parlons un peu d'un don moins connu de Patrick Cazal. Il est capable d'imiter à la perfection les oiseaux de sa Réunion natale. "Depuis tout petit quand  j'allais dans les bois avec mes tontons, j'imitais les oiseaux. J'ai appris comme ça à communiquer avec eux. Mais je ne m'entraîne pas pour ça...Je l'entretiens juste un peu en sifflant dans les bars!"

*Les 5 du doublé 1995-2001 ont été depuis rejoints par les 6 du doublé 2001-2009: Jérôme Fernandez, Guillaume Gille, Joël Abati, Titi Omeyer, Didier Dinart et Daniel Narcisse (encore un Réunionnais!)

Eric SEYLLER