© Dernières Nouvelles D'alsace, Lundi 23 aout 2010

 

Zoom sur l'entraîneur-adjoint de Dunkerque

L'autre vie de Pat Cazal

     Il fut un des tous meilleurs gauchers de la planète, un des cadres d'une équipe de France avec laquelle il remporta les Mondiaux 1995 et 2001. Aujourd'hui, Patrick Cazal se régale à transmettre aux jeunes Dunkerquois son savoir-faire.

On l'avait laissé à l'ombre des badamiers (famille des combretaceae, si, si), plus ou moins, plutôt plus que moins, perdu pour le handball.
 C'était en 2004. Quelques semaines plus tôt, au tout début de la période de préparation de l'équipe de France pour les Jeux olympiques d'Athènes, Patrick Cazal avait dû se rendre à l'évidence. L'élongation dont il pensait souffrir à l'épaule gauche, sa meilleure, n'en était pas une. Mais une rupture du tendon sous épineux.
 

Besoin de chaleur

      Plus la même histoire pour le Réunionnais, 33 ans à l'époque, qui enchaîna par une saison galère à Essen, sujet à de gros problèmes financiers, avant de penser mettre un terme à tout ça. Période de gros doutes...
 « J'ai vraiment pensé tout arrêter, confie le double champion du monde, un des héros de la finale gagnée face à la grande Suède au POPB (trois buts en prolongation avec une cheville en vrac). Je me demandais si, finalement, j'étais bien fait pour cette vie. Et puis, je n'étais pas certain, à mon âge, de retrouver la totalité de mes moyens. »
 Lui pensait tout plaquer, Dunkerque et Nicolas Bernard, son président, le récupérèrent avant le crash. « J'avais vraiment besoin de chaleur, l'USDK me l'a proposée. Un discours sympa et un projet intéressant m'ont convaincu de remettre ça. » Contrat de deux ans à la clé. Un Réunionnais dans le Nord, pas commun...
 Homme de valeurs, "Papat" Cazal s'investit. Sans parvenir à rendre à son nouveau club ce que celui-ci lui avait donné. « Le haut niveau ne supporte pas l'à-peu-près. On m'avait accordé une confiance totale et j'avais l'impression de ne pas vraiment la mériter. Là, j'ai définitivement décidé de mettre les pouces. »
 

« De la lumière à l'ombre »

      Tout jeune papa d'une petite Maïa, le "petit frère" de Jackson Richardson (il est parrain de Melvin, fils du Jack en question) passa un an à pouponner. Coupant, le pensait-il définitivement, les ponts avec le handball.
 « En un an, j'ai dû voir deux matches : Chambéry et Paris parce que mes potes réunionnais y jouaient... Ça a été une période difficile. Je suis passé de la lumière à l'ombre, j'ai douloureusement vécu ce qu'on appelle la petite mort du sportif. »
 Et puis Dunkerque, encore. Qui lui proposa de franchir le pas, de passer du terrain au banc en lui permettant de suivre une formation d'entraîneur "expert" que Patrick Cazal s'apprête à terminer.
 « On m'a confié le centre de formation du club. J'ai accepté, histoire de voir si j'étais fait pour ça. Bénévolement la première année... » Une révélation pour celui qui, 20 ans plus tôt, avait débuté sa carrière de handballeur par un séjour de... huit jours à Dijon.
 « J'étais arrivé au pôle un vendredi en ligne droite de la Réunion. A 17 ans, un peu perdu. Le vendredi suivant, je retournais chez moi. Un an avant de revenir et de signer au PSG-Asnières » où évoluait le Jackson cité plus haut.
 

Un homme épanoui

      Une révélation, puisque, trois ans après, Pat Cazal avoue être un « homme épanoui. Je fais quelque chose qui me plaît, dans un milieu que j'adore. Je me rends compte aujourd'hui de la vie facile que j'ai pu avoir en tant que joueur. Parce que, là, il n'y a pas de temps mort. Je suis autant entraîneur que psy, papa, professeur, moralisateur. Je n'arrête pas, mais ce n'est que du bonheur. J'ai vraiment faim d'apprendre, vraiment l'ambition de progresser et de transmettre aux gamins tout ce que j'ai pu emmagasiner en tant que joueur d'abord, que technicien ensuite. »
 Patrick Cazal a entamé une autre carrière, débuté dans une autre vie. Et avec le même appétit qu'il y a 20 ans. « Je suis aussi ambitieux que lorsque j'étais joueur. Animé de la même envie de tutoyer le haut niveau. »
 Il est loin, le temps de ce premier match face à Bordeaux avec Asnières. Loin, ce temps là, mais finalement si près. Il est juste à souhaiter que les jeunes Dunkerquois se rendent bien compte de la chance qu'ils ont d'avoir ce garçon-là comme coach. Juste à espérer qu'ils le prennent pour modèle...

A.V