© Dernières Nouvelles D'alsace, Lundi 23 aout 2010

 

Nikola Karabatic, le meilleur handballeur du monde, se confie

« Je me sens à la maison »

     Il a beau être le meilleur handballeur du monde - et de fait le plus sollicité -, Nikola Karabatic se montre toujours disponible pour évoquer sa passion, ses aspirations et sa soif inassouvie de titres, lui qui, à seulement 26 ans, a déjà tout gagné. Le Montpelliérain ne cache ainsi pas son plaisir de revenir en Alsace, la région de ses premiers pas.

Son enfance en Alsace

      Le raccourci est certes facile, mais Nikola Karabatic, s'il est né en Serbie en 1984, "est Alsacien". Son père, Branko, est arrivé à la Robertsau en 1984, et jusqu'en 1988, le "petit" Nikola a partagé sa vie entre Nis et Strasbourg - « ma mère était encore étudiante là-bas » -, avant de s'installer définitivement en Alsace.
 « J'ai passé deux ans à Strasbourg (son petit frère Luka y est né en 1988) puis deux autres à Colmar (de 1990 à 1992) », se rappelle-t-il. Suffisant pour engranger quelques souvenirs.
 « J'ai beaucoup de photos à la maison. Je me souviens du centre sportif de la Robertsau, où mon père travaillait. Je jouais au bowling, je pratiquais tous les sports. Je ne me souviens pas de mon père joueur, mais je sais que je m'amusais sur le terrain à la mi-temps des matches, aux entraînements... »
 S'il a touché ses premiers ballons à la Robertsau - « c'est là que j'ai découvert le hand » -, c'est un peu plus tard, à Colmar, qu'il a signé sa toute première licence.
 En 2008, lors de l'ET disputé avec l'équipe de France, il était, en compagnie de Christian Carl (président de l'EuroTournoi, ancien président de la Robertsau et ami de la famille), retourné voir les endroits où il a habité, « à la Cité de l'Ill et Schiltigheim ».
 « Quand mes parents racontent des anecdotes de leur vie en Alsace, je les écoute avec plaisir. Je suis toujours heureux de revenir à Strasbourg. Je me sens à la maison », confie Nikola Karabatic.
 

Son expérience à Kiel

      Quatre saisons durant, Nikola Karabatic a fait les beaux jours de Kiel, l'un - si ce n'est le - des plus grands clubs européens. « Je suis parti très jeune (21 ans), c'était un très gros risque. Le fait d'être étranger, dans un très grand club, faisait que j'avais bien plus de pression. Mais c'est le meilleur choix que j'ai fait. J'ai joué avec et contre les meilleurs. »
 Au-delà de l'aspect sportif et de la volonté de s'étalonner dans le meilleur championnat du monde, Nikola Karabatic souhaitait avant tout travailler avec l'entraîneur croate Noka Serdarusic, son mentor.
 « Il m'a pris sous son aile et m'a énormément apporté, autant sur le plan du hand que sur le plan humain. Si je suis allé à Kiel, c'est parce qu'il en était l'entraîneur. »
 "Niko" en est aussi parti en 2009, un an après que les "Zèbres" et Serdarusic se soient séparés. « Sans lui, je ne serais pas le même joueur. Mais c'est valable aussi pour Patrice (Canayer), Montpellier, ma famille... Cela a été une succession de bons choix et j'ai rencontré des personnes qui m'ont toujours bien conseillé.  »
 

Le championnat français

      A son retour dans l'Hexagone l'an passé, Nikola Karabatic a trouvé un championnat de France « en progrès ». « Les équipes se sont renforcées, il y a davantage de grandes salles. On voit qu'il y a de l'engouement, plus d'ambition... »
 Des progrès certes, mais qui ne soutiennent toujours pas la comparaison avec le championnat allemand. « Il y a encore une grosse différence. Kiel, par exemple, a 10 000 abonnés et c'est un vrai plaisir de voir les salles remplies tous les week-ends. Ce serait bien d'y arriver en France. »
 Montpellier en prend le chemin. « Le club a de grandes ambitions. On va bientôt avoir la possibilité de remplir une salle de 10 000 places, c'est vraiment énorme, salive d'avance Nikola Karabatic. C'est un pas qui va nous rapprocher de la Bundesliga. C'est vers cela que l'on doit tendre. »
 

La Ligue des champions

      Par deux fois, en 2003 avec Montpellier et en 2007 avec Kiel, Nikola Karabatic a connu l'ivresse des sommets européens. Une sensation qu'il brûle de goûter à nouveau. Mais le club héraultais en a-t-il les moyens ?
 « Les grands clubs européens ont presque deux fois notre budget, expose l'international tricolore. Pour gagner la Ligue des champions, il faut les meilleurs joueurs du monde. »
 Montpellier dispose de joueurs de classe mondiale - Guigou, Kavticnik - mais son effectif manque de profondeur par rapport à Ciudad Real, Kiel ou Barcelone.
 « Montpellier doit encore recruter deux ou trois joueurs de top niveau et former les jeunes, comme Adrien (Di Panda), Micka (Robin), Luka (son frère)... C'est comme cela que l'on a réussi en 2003. » Une qualification pour le Final Four dès cette année semble un minimum pour "contenter" son ambition.
 

Son palmarès

      A seulement 26 ans, Nikola Karabatic a tout gagné, absolument tout (voir encadré). « Je ne m'en rends pas vraiment compte. Mais à force que les gens me le disent, ça rentre quand même dans la tête!»
 Mais cela ne suffit pas à le rassasier. « J'ai toujours envie de plus. Il ne faut pas se dire "le plus beau est derrière nous". C'est toujours l'ambition et la motivation qui m'ont poussé vers l'avant. J'en ai besoin. »
 

L'exposition du handball

      Le handball français rayonne, mais reste (trop) confidentiel. C'est le triste constat que l'on dresse après chaque compétition internationale.
 « On a réalisé ce que personne n'a jamais fait (le triplé JO-Mondial-Euro, ndlr) et on ne passe toujours pas sur les chaînes hertziennes. Bon, cela ne m'empêche pas non plus de dormir ! »
 Les lignes bougent, mais très lentement. « On sent un certain engouement, un intérêt croissant des partenaires économiques. On manque encore d'exposition et je serai "satisfait" quand tous les Français pourront nous voir à la télé. Quand j'étais petit, cela m'embêtait de ne pas pouvoir voir mes idoles. Lorsque mon père a pris le câble, j'étais le plus heureux du monde ! »
 Nikola Karabatic n'a jamais caché vouloir mettre sa notoriété au service de son sport. « J'ai envie de donner tout ce que je peux pour que l'on parle plus de hand. » Quel meilleur ambassadeur que lui ?
 

Sa popularité

      Comme pour Jackson Richardson avant lui, la popularité de Nikola Karabatic va bien au-delà du handball. Sa page Facebook recense ainsi plus de 95 000 "fans", soit plus que certains footballeurs de l'équipe de France.
 Une médiatisation qui s'accompagne parfois de désagréments. « Les gens guettent la moindre de tes erreurs, te jalousent aussi parfois... J'ai beaucoup de sollicitations, ce n'est pas facile tous les jours. Mais je le fais avec plaisir. Ce n'est pas une corvée. »
 

L'équipe de France

      C'est assurément la plus grande de tous les temps, son triplé historique (JO-2008, Mondial-2009, Euro-2010) suffit à le prouver.
 « On a un mélange de générations vraiment exceptionnel, des joueurs intelligents qui ont envie d'être les meilleurs. On sait que l'on a un potentiel énorme mais nous n'avons pas des egos surdimensionnés. Le but est de gagner le plus longtemps possible. »
 Tant que Karabatic and Co évolueront à ce niveau, l'équipe de France continuera à collectionner les victoires. Pour le plus grand plaisir des amoureux, toujours plus nombreux, du handball.

Simon Giovannini