Titans au pays des Elfes


 


 


Stefan Lövgren et Staffan Olsson, deux poids lourds installés au sommet du handball international depuis plus d'une décennie.(Photo DNA - Jean-Christophe Dorn)

 


 

Olsson et Lövgren. Lövgren et Olsson. Dans un sens comme dans l'autre, le duo suédois de Kiel est redoutable et redouté à travers l'Europe entière. Rencontre avec deux Titans du petit ballon rond.

 Il y a le bon. Un sourire enjôleur, un charme ravageur, un talent fou. Lui, c'est Stefan Lövgren. Maître à jouer de Kiel depuis quatre ans et clé de voûte de l'équipe nationale suédoise, avec laquelle il a remporté un Championnat du monde et quatre Euro. Le tout en moins de dix ans. A 32 ans, l'avenir lui appartient encore...  Et puis il y a la brute. Ou, du moins, la tête de méchant. Tignasse blonde au vent, genre Iggy Pop, regard noir, sourire rare, Staffan Olsson n'inspire pas franchement la sympathie de prime abord. Incassable défenseur, terreur des 9m depuis plus d'une décennie, le gaucher de 38 ans a usé les nerfs de toute une génération de handballeur. Les Français connaissent d'ailleurs un rayon sur les us et coutumes du gaillard, sacré champion du monde pour la première fois en 1990. Et la victoire de 2001 à Bercy n'efface pas toutes les années de frustration tricolore...

Culte de la victoire

 Signe commun, les duettistes trempent depuis toujours dans le culte de la victoire. Que ce soit en club ou en sélection, Lövgren et Olsson ne manquent jamais les grands rendez-vous. Là où d'aucuns ne se priveraient pas de fanfaronner, les Suédois restent d'une placidité exemplaire.  « Ça fait 13 ans que je joue en Allemagne, avec les meilleurs joueurs du monde, explique Olsson avec une froideur toute scandinave. Je fais mon boulot. Et comme dans chaque job, il est des matins où tu n'as pas envie d'y aller. Je dois dire que c'est rare. Et tant que l'envie sera intacte, je continuerai. »  Pourtant, le grand Staffan pense doucettement à lever le pied. « La médecine a fait de beaux progrès, renchérit Olsson. Regardez Toutchkine ou Lavrov, la quarantaine ne les effraie pas. Moi, je pense que je vais rentrer au pays à la fin de cette saison. Pour la sélection, je ne sais pas encore. Je rêve des Jeux d'Athènes. Mais 2004, c'est encore loin... »

Maudits Jeux

 Les Jeux, voilà justement la seule grosse affaire qui échappe aux Suédois. Olsson a pris trois médailles d'argent, l'or ne lui a jamais tendu les bras. « La défaite de 1996 à Atlanta, contre la Croatie, constitue ma plus grosse déception, regrette Lövgren, élu cette année meilleur joueur du monde. Dire qu'on va à Athènes pour gagner serait prétentieux. Déjà faut-il se qualifier lors des Championnats du monde, en janvier prochain au Portugal. Et les autres nations ne viennent pas en touristes. Ça se resserre à haut niveau. La France, par exemple, dispose d'un excellent groupe âgé entre 24 et 27 ans. Et ils sont sacrement bons ! »  La relève, voilà bien là où le bât blesse chez les Scandinaves. Après les générations dorées des Olsson, Carlen puis Lövgren ou Genzel, la jeunesse tarde à s'affirmer. « Je ne suis pas trop inquiet, tempère Olsson. Si le foot ou le hockey restent les sports phares en Suède, on a pu montrer que les handballeurs peuvent aussi gagner de l'argent à l'étranger. La ferveur populaire est grandissante. Les jeunes suivront. »  D'ici à l'éclosion d'une nouvelle horde de génies, Olsson et Lövgren devront porter l'étendard à bout de bras. Ces deux Titans-là en ont assurément la carrure. Au grand dam de tous ceux qui croiseront la route du bon et de la brute.
 

 
© Dernières Nouvelles d'Alsace, Samedi 31 Août 2002